Chronique

Covid et animaux de compagnie : D’une solitude à l’autre.

Par Aude Klein

Covid et animaux de compagnie : D'une solitude à (...)

Durant le premier confinement, nous nous sommes retrouvés face à nous-mêmes. Un peu malgré nous, cela a été l’occasion d’un bilan de notre situation. Certains ont commencé à manquer d’air lorsqu’ils ont manqué de contacts physiques avec leurs proches. D’autres ont donné naissance à des compétences, des projets, … qui auraient été remis à plus tard voire à jamais. D’autres encore ont revu leurs priorités, qui se sont alors hiérarchisées différemment. Les valeurs de chacun ont été mises en évidence. Cela a donné naissance à des changements.

L’un de ces changements s’est manifesté à travers l’achat d’animaux de compagnie, en particulier de chiens. Sans m’attarder sur le fait que leur prix a également (et exagérément) flambé, j’aimerai analyser cela avec vous aujourd’hui, car il y aura des conséquences, il y en a déjà.

La première conséquence est le fait que le nombre de foyers à chien(s) augmente, donc potentiellement, le risque d’accident aussi, puisque tous ne seront pas ou pas correctement éduqués. De plus, lorsqu’on sait que plus d’un quart de la population en Belgique avoue en avoir peur (ce qui en fait, beaucoup plus, dans la réalité), cela annonce une difficulté d’ordre national. Cette difficulté n’aurait pas lieu si chacun respectait la loi, en tenant son chien en laisse sur la voie publique, ou le bon sens élémentaire, ne laissant pas son chien empiéter sur la liberté/le bien-être d’autrui, mais cela est un autre débat.

Un chien est un être vivant qui demande du temps, de la patience, de la cohérence. Cela, tout le monde le sait en théorie. Mais en pratique, c’est différent. On s’imagine rarement à quel point tout ce que l’on fait ou ne fait pas aura de l’impact sur lui ! Il ne s’éduque pas lui-même, en tout cas, pas correctement. Pour que l’aventure se passe bien, il faut choisir ce chien en fonction du « maître » que vous êtes/serez. Je mets « maitre » entre guillemets car pour moi, un vrai « maître » ne porte pas ce nom. Il n’y a pas de servitude dans une relation équilibrée entre le chien et l’humain, mais un respect profond et mutuel. Je préfère donc parler de leader. Car c’est une vraie entreprise que d’acquérir un chien et lui permettre de vivre en harmonie avec son foyer.

Il faut le sélectionner en fonction de son bon caractère (il ne doit avoir peur de rien, et surtout pas de vous), de l’équilibre physique et mental de ses parents et évidemment de votre propre caractère. Or dans cette période tourmentée, vous ne pouvez choisir le chien que sur bases de photos, puis sur rendez-vous. Les élevages vous demandent le sexe ou la couleur que vous souhaitez, alors qu’en fait, ce ne sont que des détails ! Si le chien était choisi sur base de son caractère plutôt que sa beauté, cela éviterait bien des déboires ! Et je ne parle même pas des listes d’attente où l’on vous inclut et où l’on choisit pour vous qui vous aurez, sans même savoir qui vous êtes ! Quant aux refuges, l’adoption se fait sur base de « portrait » de chiens, pas toujours réalistes, qui peuvent amener (mauvaise) surprise voire amertume, une fois arrivé à la maison.

C’est dommageable ! Un chien bien équilibré, accompagné d’un leader bien équilibré, ce sera assurément une équipe gagnante. Si le chien manque d’équilibre, ce sera bien plus difficile d’arriver à l’harmonie, or, une belle éducation, précise et respectueuse, n’est déjà pas simple à la base.

Le confinement a fait ressentir à bon nombre de personnes une solitude difficile à vivre. Ils se sont alors empressés de la combler par une petite boule de poils (le hic, c’est que ça grandit, et que ça prend plus de place qu’on se l’imaginait). C’est souvent un coup de cœur qui détermine le choix. Loin de moi l’envie de vous blâmer pour cela, c’est typiquement humain. Comment ne pas craquer ? Seulement, ça ne suffit pas. Il faut des émotions, mais aussi et surtout de la réflexion et de la constance pour éduquer. Tous les chiens n’ont pas le même tempérament ! Certains seront plus joueurs, d’autres plus indépendants, d’autres plus « pot de colle », … Il vous arrivera de vous sentir seul face à l’incompréhension des comportements/débordements de votre chien. Il vous arrivera de laisser faire, parce que vous en aurez marre de répéter, et vous ne serez alors plus cohérent. Il vous arrivera aussi d’entendre les conseils de chacun, et de vous perdre dans tout cela. Le plus simple est de vous faire aider d’un vrai spécialiste (encore faut-il le trouver, car, le métier n’étant pas reconnu par la loi, n’importe qui peut se targuer d’être éducateur/comportementaliste canin parce qu’il a/aime les chiens, ce qui n’est évidemment pas suffisant)

Une fois le premier confinement terminé, beaucoup ont donc été chercher un chien, pour éviter de ressentir à nouveau ce vide intérieur, désagréable et empiétant. Lorsque le second confinement a commencé, ils étaient parés ! Les séances d’éducation n’étant plus permises, sauf en individuel, ce qui a un coût non négligeable, ils ont du se débrouiller seuls face à l’évolution de leur chien (et un chiot, d’une semaine à l’autre, évolue très vite, c’est déroutant). Or, beaucoup ne savaient pas qu’un chiot n’est pas toujours propre, saute, mordille, tire, aboie, détruit, effraie même parfois… Ils ont renforcé des comportements qui leur déplaisaient, n’ont pas encouragé au bon moment ce qu’ils aimaient et c’est normal. Parce que cela demande de l’observation, de la connaissance, du temps. Tout le monde ne les a pas forcément !

Et puis il y a eu les balades, l’une des seules activités encore permises. C’est là que la phase « l’enfer, c’est les autres » a pris beaucoup de sens. Entre ceux qui se sont rendus compte que leur chien n’aimait pas les autres, et ceux qui ont compris qu’ils n’avaient pas de rappel en lâchant leur chien sans pouvoir le récupérer à temps avant d’éviter un accident, il y a eu beaucoup de dégâts, de tristesse, d’incompréhension. Ce qui au départ s’avérait une solution s’est transformé en un problème supplémentaire à gérer. L’agressivité, le trop plein d’énergie ou d’inquiétude, … S’y trouver confronté n’est pas facile : on se sent alors démuni. Et toutes les vidéos et autres conseils incomplets, contradictoires et souvent erronés trouvés sur Internet n’aident pas vraiment.

A cela se rajoute une nouvelle difficulté, celle de la fin du confinement ! Après avoir passé tout son temps avec son chien, en télétravail, à la maison, tous ensemble, il faut retourner à l’école, au travail, … et le chien se retrouve seul du jour au lendemain à la maison, sans comprendre ce qu’il lui arrive. S’il manque d’équilibre et/ou de cadrage, il ne sera plus propre, détruira les meubles, murs, aboiera continuellement, … Bref, la relation harmonieuse initialement espérée risque d’en pâtir.

Tout cela pour dire qu’un chien est un projet, plus qu’un coup de cœur. L’aimer est bien, le respecter est mieux. Par respect, j’entends lui apprendre ce qu’il peut et ne peut pas faire, quand et comment. L’encourager, le canaliser, le guider. C’est lui permettre d’évoluer à son rythme, d’éveiller un plaisir du contact, de la découverte, sans exagération dangereuse ou empiétante. C’est lui donner sa place de chien dans votre cœur, votre foyer et la société. Cela s’apprend. Le mieux est de commencer, avant même d’acheter/adopter ce chien ! Mais si ce n’est pas le cas, ne vous inquiétez pas : tout peut changer lorsqu’on s’en donne les moyens.

Si je vous écris tout cela, c’est pour vous rappeler que vous n’êtes pas seul. A l’intérieur de vous-même, il y a la compagnie que vous recherchez. Il faut parfois creuser, modeler, réinventer, mais la base est là, disponible, ne demandant qu’à s’épanouir. Si vous êtes bien avec vous-même, vous avez bien plus de chance d’être bien avec le Monde, avec les Autres, et également, avec votre chien !

Ha, et aussi, comme c’est bientôt Noël, j’en profite pour vous offrir un petit et précieux conseil. Ne commettez pas l’erreur d’offrir un chien à votre enfant/compagnon/parent ! Cela ne s’improvise pas. c’est une démarche personnelle qui demandera l’implication de tout un foyer. Cela doit se réfléchir ensemble, puis se mettre en place ensemble, pour apprécier ensemble ! Merci et joyeux Noël à tous !

Klein Aude

Aude Klein est coach dans la Région de Namur (Fernelmont). Elle est aussi enseignante, comportementaliste canin et zoothérapeute.
- 1, rue haute fontaine - Franc-Waret (commune de Fernelmont, juste à côté de Namur)
- Tél : 0478/055.774
- Mail : audeklein@gmail.com
- Sites :
www.zootherapeute.be
www.coach-coaching.be

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