Chronique

Après la morsure

Par Aude Klein


Après la morsure

Être victime d’une morsure de chien peut laisser des traces psychologiques. Il est primordial d’agir pour soigner cela, au même titre qu’on le fera naturellement pour les blessures physiques engendrées.

Il y a plusieurs paramètres dont il est important de tenir compte :

- Les différents types de morsures : le chien peut effleurer, pincer, du bout des dents, mais peut également piquer avec les crocs, voire ouvrir et maintenir la gueule ouverte, sans pression ou au contraire la fermer sur sa prise et tirer (ou la victime, en tentant de s’échapper peut avoir le réflexe de tirer, qui aura le même résultat) ce qui fait des dégâts plus importants et tout cela sera vécu différemment d’une personne à l’autre.
- L’intention derrière la morsure : le fait que le chien attaque par peur, par irritation, qu’il cherche à défendre son territoire, à prendre une place plus haute dans la hiérarchie, qu’il est en train de jouer, qu’il monte trop haut dans l’excitation, ou tout autre raison n’aura pas le même impact sur l’interprétation de la morsure.
- Le contexte de la morsure  : le fait qu’elle ait lieu en hiver ou en été sera vécu différemment (la peau sous de multiples couches de vêtements sera plus protégée que lorsqu’elle est nue, sous le soleil), qu’il y ait du monde autour ou pas, qu’on réprimande le chien ou qu’on l’excuse d’emblée, que le chien soit connu par la personne, que cela se passe dans le cadre familial, que ce soit la première fois ou qu’il y ait eu d’autres antécédents, avec ce chien ou un autre, qu’il y ait grognement, clappement dans le vide ou autre signe avant coureur, … tout cela influencera la manière de vivre cette morsure.

Il est judicieux de noter que, quelle que soit le type de morsure, sa gravité, l’intention derrière et le contexte autour, elle peut avoir un impact psychologique ! Certaines personnes garderont plus de traces du contexte que du fait en lui-même. D’autres auront de sérieuses blessures mais passeront à autre chose, très vite, alors que d’autres encore n’auront pas vraiment de dégâts physiques mais leur confiance en eux se trouvera brisée. Et bien d’autres scénarios moins caricaturaux sont également possibles ! Bref, tout le monde ne vivra pas cette morsure de la même manière et il est primordial de respecter le rythme de la victime.

Cependant, le temps ne suffit pas toujours pour retrouver un confort de vie. En effet, les chiens sont partout. Même si la victime n’a pas de chien, ses voisins, ses amis, sa famille, ses collègues en possèdent très certainement et ne comprendront pas forcément qu’elle ne souhaite pas être en contact avec eux. Elle ne se promène plus sereinement en ville, dans les parcs publics, sur les chemins de campagne, en foret, … car souvent, les propriétaires de chiens en profitent pour les lâcher, sans forcément pouvoir les rappeler quand c’est nécessaire. Même problème pour les marchés, les brocantes, les marches organisées ou tout autre rencontre extérieure où là aussi, les chiens sont souvent bien présents. Peu à peu, la personne qui a été victime d’une morsure risque de se couper du monde pour ne plus avoir à côtoyer les chiens, sentir sa peur l’envahir et l’empêcher d’agir « normalement ».

En effet, lorsqu’une personne fragilisée par une mauvaise rencontre, se retrouve face à un chien - parfois même un chien calme, mais pas seulement, en fonction du degré d’avancement de la peur s’il est un peu nerveux, manquant d’équilibre ou représentant un danger (réel ou pas) - le taux de peur peut grimper si haut que la personne (quel que soit son âge) se retrouve dans l’impossibilité d’agir avec raison. Elle pourrait adopter un comportement dangereux pour elle-même ou pour les autres : courir, hurler, se pétrifier, traverser brusquement la route, provoquer un accident, … Il arrive fréquemment que cette personne ait l’impression de voir des chiens partout (elle les verra d’ailleurs bien avant les autres, pour qui ils font un peu partie du décor), d’attirer tous les chiens, de les provoquer même ! Elle dira qu’ils sentent sa peur, que ça les rend nerveux, …

Une autre difficulté reste le regard des gens ! Peu de victimes sentent la bienveillance de leur entourage, face à leur peur. Beaucoup ne comprennent pas, pensent qu’elles exagèrent, qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. Combien pensent qu’il est injuste de mettre un chien de côté pour respecter les besoins d’une personne ? Combien de maîtres – bien intentionnés, mais mal informés malheureusement – s’approcheront avec leur chien de la personne qui leur avoue avoir peur pour lui montrer comme leur ami « est gentil » et qu’il ne faut pas s’effrayer ! Cela ne fait malheureusement qu’amplifier le phénomène, car pour traiter la peur, il faut avant tout l’accepter !

S’impose dès lors un travail de désensibilisation systématique de la peur. Ce travail se fait progressivement, par un professionnel, spécialisé dans le soin des traumatismes (psychothérapie, thérapies comportementales, TNCC, ANC, PNL, hypnose, …) et dans la connaissance de l’animal (il faut qu’il soit formé, pas simplement qu’il ait un chien ou aime les chiens) : c’est important qu’il soit formé dans les deux domaines pour être vraiment efficace.
Ce dernier commencera par dresser un portrait de la peur de la personne, par des questions ciblées permettant de comprendre comment elle a peur (tout le monde n’a pas peur de la même façon), depuis quand, pourquoi, avec quel type de chien, dans quelles circonstances, … avec un objectif clair de travail (pouvoir retrouver la sérénité, promener en forêt, revoir des amis, ...)
Une fois cette étape passée, il présentera un chien à la personne, idéalement à l’extérieur, quand la personne sera en sécurité à l’intérieur, avec une vue directe, à distance. Le chien, parfaitement éduqué, tenu en laisse par un autre professionnel, lui aussi qualifié, avancera progressivement, selon ce qui est bon pour la personne. Pour savoir si c’est opportun, le professionnel demandera régulièrement à la personne où elle se situe sur l’échelle de la peur (0 = peur minimale, 10 = peur maximale).

Peu à peu, il donnera des outils permettant :

  • De diminuer la peur :respiration, détournement de l’attention, saturation des sens, …
  • De mieux comprendre les chiens : lecture des signaux d’apaisement, stratégies de survie, système de communication…
  • D’adopter le comportement adéquat en fonction d’un chien qu’on veut approcher, éviter, éloigner : par l’acquisition de l’obéissance, du positionnement, de l’intention derrière le mouvement, …
  • D’assurer sa sécurité face à n’importe quel chien : par la prévention et la protection des morsures, la réaction à apprendre face à une attaque de chien, la communication avec les maîtres, …

Par ailleurs, cet apprentissage, s’il était préventivement amené dans la société (dans les écoles, les entreprises, les foyers de manière générale) permettrait d’éviter bien des désagréments, à tout point de vue : un meilleur respect de l’humain, de l’animal, une meilleure compréhension mutuelle et donc bien moins de dérapages. Mais cela est un autre débat !

La personne sera donc amenée à rencontrer, à son rythme, différents chiens : différents au niveau de la taille, de la couleur, de la morphologie mais aussi au niveau du tempérament et du degré d’énergie.

Il sera également important, lorsque le traitement sera suffisamment avancé, que la personne rencontre des chiens ressemblant à celui qui l’a mordue et/ou ayant mauvaise réputation (dont on évalue les dégâts qu’ils pourraient causer à la taille de leur mâchoire ou la force de leurs muscles). On les appelle communément les délits de « sale gueule » : ces chiens dont se méfient même ceux qui n’ont pas peur ! En effet, il sera important d’apprendre à distinguer le chien « ok », ne représentant pas de menace directe du chien « pas ok », manquant d’homéostasie, ou trop fragile émotionnellement, avant de s’arrêter à son physique, qui est moins révélateur !

Tous ces chiens seront évidemment équilibrés et parfaitement éduqués. C’est important que la sécurité soit assurée pour apprendre à (re)prendre sa place face aux chiens en général.

Petit à petit, la personne acceptera qu’elle a été victime, et qu’elle peut ne plus l’être, en s’en donnant les moyens, c’est-à-dire, en prenant une part active dans son traitement mais également dans sa vie en général, car souvent, l’implication dans ce travail offre des résultats bien au-delà du contexte du chien ! L’empiétement de son territoire physique, émotionnel, … n’est plus toléré de la même manière et la personne se rapproche d’elle-même, s’ancre plus, s’ouvre plus, se permet plus : elle crée sa juste place.

En résumé, traiter sa peur des chiens suite à une morsure (ou pas, d’ailleurs) est une preuve de courage indéniable. C’est également un cadeau que se fait la personne à elle-même : une occasion de découvrir ses ressources et de se (re)connecter à un sentiment de sécurité. En d’autres termes : une réelle liberté que retrouve alors la personne qui a été mordue, lui permettant d’écouter ses besoins, de les exprimer, de les faire respecter, bref, de (re)partir sur de bonnes bases pour enfin ... croquer la vie à pleines dents !

Publication proposée par : Klein Aude

Aude Klein est coach assistée par les chiens dans la Région de Namur (Fernelmont).
- 1, rue haute fontaine - Franc-Waret (commune de Fernelmont, juste à côté de Namur)
- Tél : 0478/055.774
- Mail : audeklein@gmail.com
- Sites :
www.zootherapeute.be
www.coach-coaching.be

Du ou avec le même auteur

Pour une pratique plus professionnelle de la médiation animale
Même si elle est encore fort méconnue, les demandes de médiation animale augmentent. Or, la profession n’est pas reconnue par la loi. Il existe de (...)

Aude Klein - Zoothérapeute et coach
Vous manquez de confiance en vous ? Vous avez du mal à comprendre ou gérer vos émotions ? Vous êtes trop gentil(le) ? Votre quotidien manque de sens (...)

Prenez soin de vous !
Prendre soin de soi est un conseil un peu « bateau ». C’est comme souhaiter la paix dans le monde ou vouloir être heureux. C’est bien, c’est beau, (...)

Développer la confiance en soi !
La confiance en soi pourrait être définie comme l’accumulation d’expériences positives nous poussant à en tenter d’autres. Lorsque l’on manque de (...)

Préparer l’été
Lorsqu’on pense à l’été, on imagine les vacances, le soleil, la nature, le tourisme, les apéros, et toutes sortes de convivialité. Les enfants et leurs (...)

Prenons soin des hérissons !
A vous qui prenez soin quotidiennement des autres, pour qui le développement personnel est un chemin de vie, à vous qui écoutez, accompagnez, aidez, (...)

Covid et animaux de compagnie : D’une solitude à l’autre.
Durant le premier confinement, nous nous sommes retrouvés face à nous-mêmes. Un peu malgré nous, cela a été l’occasion d’un bilan de notre situation. (...)

Les séances en visioconférence
En ces temps troublés, nous avons une chance inestimable de développer notre créativité en tant que thérapeute, coach et humain. Nous pouvons (...)

Aimer lire ...
Dans notre société où la communication se digitalise, tout va de plus en plus vite. Les articles les plus populaires ne doivent pas dépasser un (...)

C’est la rentrée !
L’été touche à sa fin. Comme toute fin, c’est un mini deuil à vivre, une page à tourner, une autre à réinventer, une fois de plus. C’est surtout (...)

Bonnes vacances !
Les vacances arrivent. Cette années, elles ont cependant un autre goût, une autre couleur que d’habitude. Cela fait quelques semaines que le (...)

Traitez votre peur des rongeurs !
Il existe plusieurs formes de thérapie efficaces comme l’hypnothérapie, l’EMDR ou les thérapies comportementales. Celle que je vous présente s’appelle (...)

Détrompez-vous au sujet de l’erreur !
Tout est à revoir, au niveau de l’erreur, de la place qu’on lui donne, de l’injustice qu’elle incarne. Tout : notre système éducatif, culturel, (...)

Pour un vrai sourire
Le sourire a quelque chose de contagieux, d’apaisant, de nourrissant. Et en plus de ne rien coûter, il en apporte autant à celui qui le produit qu’à (...)

Le chien à la rescousse des ados
Il y a très peu d’adolescences tranquilles. Entre les doutes, les rages, les découragements, les rêves, la désillusion, les fusions, les trahisons, (...)

Marcher pour prendre soin de soi
Si cela fait une quinzaine d’années que la psycho-randonnée a vu le jour « officiellement » dans nos contrées, c’est un fait avéré depuis Hippocrate (« (...)

Contestataires de Canapé.
Vous êtes fatigués, lassés, épuisés, même, à cette sortie de l’hiver et vous ne comprenez pas trop pourquoi ? Alors vous regardez autour de vous, et là, (...)

Un coaching qui a du chien !
Dans le mot cynothérapie, la thérapie apparaît clairement. Cela effraie parfois, car, comme ce métier n’est pas reconnu aux yeux de la loi, peuvent se (...)

Une place à prendre
Au fond, quel que soit le problème, on peut l’aborder sous l’angle de la place. La place que vous prenez, celle que l’on vous donne, la place que (...)

Alors, vos bonnes résolutions ?
L’année 2018 s’achève doucement. Les dernières feuilles quittent les arbres et le froid s’insinue insidieusement dans votre corps qui déploie toute son (...)

Soignez votre peur du chien
La peur du chien est difficile à vivre. D’une part, parce que les chiens sont omniprésents dans notre société et s’en écarter revient à s’écarter des (...)

La créativité en coaching ?
Nous sommes tous créatifs. Si nous marchons, si notre cœur bat, si nos yeux brillent, si nous parlons, même tout bas : c’est que nous sommes (...)

Comment choisir sa formation ?
Quel que soit son âge, ses qualifications, son métier, on peut se former, encore et encore, pour développer, affiner, compléter ses compétences ou (...)

Parents, prenez soin de vous !
On ne nous dit pas qu’être parent, ce sera « ça » ! Cette fatigue, ce don de soi, cette écoute, cette disponibilité, cet amour, ce respect, cette (...)

Le chien pour lutter contre le harcèlement !
Le harcèlement est un peu comme le brouillard. Il s’empare d’un paysage et le modifie, il instaure un malaise sans qu’on l’identifie clairement, il (...)

La Zoothérapie ou Thérapie Assistée par l’Animal
Étymologiquement, « zoo thérapie » signifie soigner avec l’animal. Cette définition reste cependant incomplète : elle ne tient pas compte du patient. Or (...)

Avertissement
L'information diffusée sur Mieux-Etre.org est destinée à encourager, et non à remplacer, les relations existantes entre le visiteur du site et son médecin ou son thérapeute.
Mieux-Etre.org
© sprl Parcours
Tous droits réservés
Mentions légales