Chronique

Les phases prévisibles de la relation du couple narcissique et dépendant dysfonctionnel.

Par Prabhã Calderón


Les phases prévisibles de la relation du couple (...)

Le trouble de la personnalité narcissique est une condition post-traumatique, qui génère une profonde perturbation dans le processus de la formation de l’identité. Il s’agit d’une interruption du processus primordial d’évolution vers l’autonomie psychoaffective et émotionnelle. Autonomie, dont le noyau est constitué par notre nature essentielle, autant que par notre nature animale.

La psyché des narcissiques est donc bloquée au stade du narcissisme, entre 8 mois et 4 ans. C’est pourquoi ils peuvent facilement vous émouvoir, en plus d’être séduisants et charmants. Beaucoup d’entre eux sont vraiment brillants ou ont des intérêts qui cherchent à s’exprimer. Mais ils utilisent leurs charmes et leur beauté, ainsi que leurs connaissances technologiques, scientifiques, financières, politiques, artistiques, psychologiques ou philosophiques, pour attirer et impressionner les autres et en soutirer le ravitaillement narcissique dont ils ont besoin pour exister.
Lorsque vous vivez avec un narcissique structurellement accompli, vous avez du mal à comprendre comment vous vous êtes trompé à son sujet. Il/elle vous a donné l’impression d’être une personne adorable, sensible et saine. Alors que s’est-il passé ? Inconsciemment, cette personne utilisé le lien amoureux pour combler son vide intérieur, ainsi que pour réparer ses insuffisances et sa blessure narcissique.
Les narcissiques ont une « identité d’absence ». Leur « faux moi » ne peut s’empêcher de vous séduire, de vous hypnotiser en faisant de vous leur objet mental. Il a besoin de vous contrôler, de vous manipuler, de vous dominer et de vous détruire, pour réaliser son fantasme inconscient de vengeance. C’est pourquoi les étapes d’une relation avec un homme ou une femme narcissique sont prévisibles.

Voici les phases de la relation observées et décrites par le professeur israélien Sam VAKNIN, auteur du livre : « Malignant Self Love : Narcissism Revisited. »

Première phase : l’idéalisation et le maternage mutuel.

Quand vous rencontrez un narcissique pour la première fois, tout de suite il vous montre sa meilleure facette. Si vous vous intéressez à lui, il projette sur vous son propre sentiment d’importance, la surestimation de sa beauté, de sa force, de sa puissance, de sa brillance, de son intelligence supérieure, de son omniscience… C’est ainsi qu’il vous élève à sa « hauteur » et cela lui permet de contempler et d’aimer son image reflétée dans vos yeux. Si vous commencez à l’admirer, vous devenez alors son « miroir », et cela lui donne l’impression d’être aimé. Mais à partir du moment où vous tombez sous son charme, il vous manipule et à vous contrôler à volonté, surtout si vous ne savez pas installer des frontières psychoaffectives.

Par exemple, si dans l’enfance vous avez été conditionné par un parent narcissique, il/elle a fait de vous « l’extension » de son identité et le dépositaire de sa psychopathie. Par conséquent, votre sens du « moi » est attaché au sien. À moins que vous n’ayez consciemment évolué, vous vivez toujours dans un état de survie infantile. Vous n’avez pas un ego solide et vous ne pouvez pas établir vos limites psychoaffectives. Face à une personne narcissique, vous régressez facilement en âge à l’époque où vous étiez instrumentalisé par votre père ou mère narcissique, parent qui a été suridéalisé par l’enfant que vous étiez.

Il faut savoir que la dépendance dysfonctionnelle, est aussi une condition post-traumatique qui a généré l’interruption de l’évolution de l’enfant vers son Autonomie psychoaffective. Mais les réactions des narcissiques et des dépendants, sont distinctes. Le dépendant dysfonctionnel est devenu hyperempathique, tandis que le narcissique est devenu hyperégoïste. Comme le narcissique se trouve dans un état de « survie infantile », il a besoin aussi d’une relation symbiotique. C’est pourquoi, au départ, il transfère sur vous la représentation qu’il fait de sa « mère nourricière ». En transférant sur vous cet « objet primaire », il se montre attentif et affectueux. Il a tant de gestes fascinants ! Mais il vous envoie deux messages subconscients qu’il ne vous dirait jamais en voix haute. À savoir :

  1. Je ne suis qu’un enfant inoffensif, ne me faites pas de mal !
  2. Je suis impuissant et sans défense, prends soin de moi, j’ai besoin de toi !

C’est ainsi qu’il vous manipule émotionnellement pour que vous preniez soin de lui et que vous ne l’abandonniez pas. Si vous êtes une personne maternante, ses messages touchent votre sensibilité et vous commencez à vous occuper de lui, à le materniser, à l’adorer et à l’idéaliser… Son attitude infantile découle de ce qu’on appelle en psychologie une « adaptation positive », aussi dysfonctionnelle qu’efficace, qui lui permet, malgré ses insuffisances, d’obtenir les bénéfices souhaités.
Le narcissique vous hypnotise par des stratégies de « bombardement » affectif, séduction, manipulation et fourberie, ainsi que par sa pensée magique qui est l’intériorisation de la représentation qu’il fait de vous. En vous traitant comme si vous étiez son « objet interne », il génère une induction hypnotique. Inconsciemment, il stimule les ondes cérébrales de votre cerveau. Par des stimulations sonores, tactiles, olfactives, ainsi que par ses gestes, attitudes et sa façon d’exprimer les choses, il induit en vous les mêmes fréquences que les siennes ! Hypnotisé de cette manière, votre « dopamine » s’active et vous vous entichez. Ce neurotransmetteur est une substance chimique qui produit des sensations euphorisantes et vous fait percevoir la vie en couleurs. Vous êtes excité, très exalté ! Vous confondez cette sensation avec l’amour. Quand votre cerveau devient l’extension du sien, vous devenez son « zombie », son « clone ». Sans vous en rendre compte, vous prenez cet état hypnotique pour de l’amour.

Le narcissique est comme une galerie de miroirs où vous voyez votre meilleure image dans chacun des miroirs. C’est ainsi que non seulement vous tombez amoureux de lui, mais vous tombez amoureux aussi de celui ou celle que vous croyez pouvoir être à ses côtés. Vous tombez amoureux de votre « personnage » idéal. Lorsque vous voyez votre « moi idéal » reflété dans ses yeux, vous commencez à croire qu’il est votre « âme sœur ». C’est ainsi que le couple narcissique/codépendant, se materne et s’idéalise mutuellement, ce qui génère une « infatuation amoureuse » qui peut durer de nombreuses années, surtout si la relation se déroule à distance.
Si vous souffrez de dépendance dysfonctionnelle, vous vous laissez emporter par cette hypnose qui est ressentie comme « coup de cœur » irrésistible. Vous pensiez que cet enfant adorable peut vous comprendre comme personne d’autre, grâce à vos expériences semblables du passé et à l’amour si intense que vous ressentez. Vous croyez à son « amour » et à ses promesses, parce qu’inconsciemment vous rêvez d’avoir une relation fusionnelle ou de revivre le rôle « d’extension identitaire » ou de mère nourricière de l’un de vos parents. Vous croyez que vous obtiendrez enfin une certaine structure ou un certain équilibre dans votre vie. En fait vous entrez dans un état de confusion cognitive grave, qui vous empêche d’y voir clair. Aveuglé par l’amour et la fascination que vous ressentez, vous ignorez certains signaux, pourtant révélateurs, et interprétez ce qui se passe de façon à vous fourvoyer.

Etant donné que vous avez de l’empathie et tant d’amour à donner, vous souhaitez sauver ce bébé narcissique qui se trouve en état de détresse et d’anxiété chronique. C’est ainsi que vous commencez à lui donner de l’ARA : Amour, Respect et Attention, en projetant sur lui le manque que vous ressentez au fond de vous.
Votre AOA, qui est l’Auto-Orientation tournée vers Autrui, vous pousse à jouer le rôle de la « mère nourricière ». En état de régression d’âge, vous oubliez d’établir vos frontières psychoaffectives et vous lui donné les trois « S » qu’il demande : Sexe, Services, et Soutien sur la forme de ravitaillement narcissique. Ce faisant, inconsciemment vous voulez « réparer », le traumatisme émotionnel qui a généré votre propre manque d’amour et d’estime personnelle dans l’enfance. Ou bien, vous voulez prend soin de lui pour le guérir, transférant sur lui le parent qui vous a instrumentalisé.
Lorsque vos qualités sont réactivées (comme le don de soi, l’abnégation, la satisfaction des besoins et des désirs de l’autre personne), vous lui faites sentir qu’elle peut compter sur vous de manière inconditionnelle. Mais en surprotégeant et idéalisant ce merveilleux bébé, vous confirmez son sens grandiose d’importance. Vous lui confirmez qu’il est un génie exceptionnel ou quelqu’un de très spécial qui mérite toute votre attention et dévouement. En d’autres termes, vous « narcissisez » le narcissique. En revanche, grâce à son empathie « froide », purement cognitive, le narcissique perçoit vos réponses et réagit en fonction de celles-ci. Lorsqu’il vous prend pour acquis, il devient votre maître, votre guide, votre gourou ou votre parent bénévole. C’est ainsi qu’il vous aime, tout en vous dominant. Remarquez que s’il se prend pour Dieu, vous devenez la mère de Dieu !

Deuxième phase : le fantasme partagé.

Quand un narcissique fait la rencontre de quelqu’un qui devient la source de son approvisionnement, il se présente ostensiblement comme un adulte désintéressé qui vous promet, implicitement ou explicitement, de s’engager. Mais il ne va pas tenir sa promesse car il ne ressent pas le besoin de fusion de la même manière que vous. Si votre besoin de fusion est contaminé par votre manque des limites psychoaffectives, son besoin de fusion est contaminé par son « fantasme partagé ». C’est un fantasme inconscient et vindicatif, autour duquel s’organisent tous les mécanismes de sa perversion.
Par son « fantasme partagé », il devient le maître du jeu, car dans son enfance il a décidé d’être l’agresseur et non la victime. Si dans la première phase, il a fait le transfert sur vous de sa mère nourricière, dans cette deuxième phase il fait le transfert sur vous de sa « mauvaise mère », toute-puissante, qui est très menaçante pour lui. Dès qu’il vous regarde comme sa « mauvaise mère », il vous en veut. C’est alors que son « enfant intérieur » vindicatif, se réveille et projette sur vous sa rage, voire sa haine, pour vous prouver qu’il est plus puissant.

Il fait de vous l’objet de son « test délirant » de deux manières :
- Premièrement, il devient un petit-enfant capricieux et gâté, qui s’octroie le droit d’être sadique, humiliant, dénigrant ou sans cesse en demande… Si dans son enfance, il avait immolé son vrai Self à son « faux self », aujourd’hui, c’est vous qui êtes sacrifié à son « faux self » ! C’est sa façon de lutter pour sa survie psychologique. Il ne peut donc pas se l’empêcher.
- Deuxièmement, par son AOS, son Auto-Orientation dirigée exclusivement vers Soi, vers son « faux Self », il devient un parent contrôlant qui vous impose ses propres « conventions ». Le mot convention est ironique parce qu’aucune règle ou convention réelle n’est discutée à deux. Il établit son pouvoir sur la « mauvaise mère » toute-puissante qu’il transfère sur vous.

De fil en aiguille, il devient le Maître, le parent disciplinaire, strict, voir sadique, qui vous contrôle, qui vous dresse sans aucune délicatesse et qui établit son pouvoir et sa suprématie. C’est ainsi qu’il établit son « premier type d’abus psychologique », en devenant votre père dominateur ou votre mère dominatrice, en même temps qu’il devient votre enfant gâté, qui vous teste.
S’il est un narcissique manifestement antagoniste, il a des colères incontrôlables, il devient un volcan en éruption, il vous agresse sans aucune pitié : il peut crier et utiliser la violence verbale, émotionnelle et affective, ou physique et sexuelle.

S’il s’agit d’un narcissique cérébral ou occulte, il reste discret, correct et calme. Mais il utilise l’agression passive, l’absence émotionnelle et la privation affective et sexuelle. Quelle que soit la typologie d’un narcissique, il ne vous fait pas l’amour vraiment. Il ne vous encourage pas à aller de l’avant, ni ne célèbre vos réussites. Il se peut qu’il ne vous accorde aucune attention, qu’il ne voyage pas avec vous, ni ne vous fait de cadeaux, qu’il ne vous donne pas de surprises, ni ne fête votre anniversaire. Il ne ressent pas de la joie de vous voir danser, chanter, jouer, rire… S’il vous exploite et que vous travaillez pour lui, il ne voit pas votre fatigue. Il ne vous voit tout simplement pas ! Vous êtes psychologiquement séquestré. Vous devenez son otage ! S’il se sent omniscient, les attentions que vous voulez recevoir de lui ne sont que des banalités. Il est au-delà de tout cela ! Ce que vous ressentez ne l’intéresse absolument pas et ce que vous vivez à ses côtés, le laisse indifférent. Il est tellement « vide » émotionnellement, qu’il ne ressent non plus la joie de construire une famille avec vous. Vous n’êtes que son « objet interne ». C’est-à-dire, la représentation qu’il se fait de vous pour soutirer son ravitaillement narcissique.
Personne ne peut être une partie intégrante du psychisme de quiconque. Mais le narcissique n’a pas surpassé l’étape de la « séparation/individuation » dans son enfance. Il confond donc les « objets mentaux internes » avec les objets externes, les êtres humains réels. En tant que son « objet interne », il ne voit pas donc que vous avez votre propre existence, vos propres désirs et valeurs, vos frontières psychos affectives et vos besoins fondamentaux… Sans tenir compte de vous, il vous modèle à sa façon pour que vous deveniez à la fois « l’extension » de son identité et son « objet primaire ». C’est-à-dire la maman intériorisée et clivée sur laquelle il va vomir son chaos émotionnel. Il adopte alors les stratégies de manipulation suivantes :

  • Il vous fait douter de vous-même en minimisant la gravité de la situation.
  • Il invalide vos protestations et votre colère. Il vous invalide tout court…
  • Par son « discours induit », il vous persuade que vous protestations ne sont que votre point de vue, alors que vous parlez des situations factuelles.
  • Il nie les faits ou il justifie ses comportements, à moins qu’il ne réponde même pas parce qu’il ne les connaît pas ou ne les voit pas. Ce qui est fréquent.
  • Il vous oppose le silence et ne vous laisse aucune possibilité de communiquer ou de commencer avec lui une discussion d’adulte à adulte.
  • Ou bien, il vous méprise et vous dit : « Tu n’es jamais contente ! »
  • Il vous compare à quelqu’un d’autre ou évoque un état psychologique défaillant pour vous désigner comme inférieure à lui.
  • Ou encore, il vous fait passer pour un fou ou pour une folle et il vous dit : « Va te faire soigner. Je ne suis pas ton infirmier psychiatrique. »
  • Il tourne très astucieusement vos phrases contre vous, ou se sert de la moquerie et du sarcasme, car son meilleur instrument est son discours induit.
  • Il crée le fantasme inconscient de contrôle. Il se dit inconsciemment : « C’est moi qui contrôle tes réactions. Si tu me rejettes, c’est moi qui ai généré ta réaction. »

Si votre capacité de respecter vos besoins et vos limites est restreinte, vous lui permettez de faire de vous ce qu’il veut. Au nom de l’amour, vous vous suradaptez. C’est ainsi que s’établit une liaison symbiotique et traumatique entre vous et lui.
En raison de votre peur de séparation, de votre urgence de fusion et de votre besoin de vous structurer à partir d’une relation de couple, vous devenez ce que le narcissique veut que vous « soyez ». Comme un écho, vous répétez ou imitez ce qu’il dit et vous allez dans sa direction. Concrètement, s’il a une dépendance à l’alcool, aux drogues, aux jeux d’argent, vous adhérez à ses comportements. Ou bien, vous essayez de le « guérir ». Vous acceptez ses besoins compulsifs et répondez à ses besoins fondamentaux. Vous travaillez dur pour lui/elle. Vous lui donnez votre maison, lui offrez des cadeaux et tout ce qu’il/elle veut. Vous prenez en charge les dépenses de ses vêtements et chaussures, payez les restaurants et divertissements. Vous achetez les voiles de son bateau ou son équipe de ski, et si possible, vous payez ses dettes. Vous faites les courses, cuisinez les repas, nettoyez la maison.
Vous créez l’idée qu’il y a de la solidarité, de la complicité ou de l’intimité dans votre couple, alors que votre narcissique agit en sens inverse et vous utilise en acceptant votre suradaptation et tout ce que vous lui donnez. Il vous néglige, vous maltraite et vous traite avec une froide indifférence. Ses conduites redondantes génèrent en vous une grande souffrance chronique. Mais vous continuez à jouer le rôle de mère nourricière, de souffre-douleur, de domestique, d’esclave, de victime, d’objet exploitable à volonté… Votre suradaptation à ce premier type d’abus, est proportionnelle à votre incapacité à établir vos limites psychoaffectives. En croyant que la seule façon d’aimer, est d’accepter ce type de relation dysfonctionnelle, vous manquez du discernement et du recul suffisants pour éviter de tomber dans le piège infernal dans lequel votre propre vide psychoaffectif et votre manque d’amour, issus du traumatisme émotionnel de l’enfance, seront constamment confirmés.

Vous intériorisez le programme que votre narcissique vous impose et vous restez dans une « zone de confort » où vos limites psychoaffectives n’existent pas. Vous incorporez son test délirant dans votre système et lui permettez de vous négliger, de vous ignorer, de vous raviser, de vous traiter avec dédain… Telle est la « convention ». Le narcissique invalide vos émotions et vous régressez en âge au point de vous sentir coupable des traitements qu’il vous inflige !

Ce n’est pas une relation d’amour. C’est une interaction sadomasochiste, dans laquelle vous permettez au narcissique de vous exploiter, parce que vous croyez qu’aimer avec un grand « A » signifie de lui permettre de vous utiliser.
Ne pas reconnaître la culpabilité de votre « enfant intérieur », vous empêche de respecter vos besoins fondamentaux s et vos frontières psychoaffectives. Même si vous les respectez, vous ne pourriez jamais plaider votre cause, car votre narcissique est dans le déni de sa psychopathie et entre autres mécanismes hypnotiques, il pratique le détournement de faits et le blâme. Ainsi, vous devenez définitivement son « zombie », la servante ou l’esclave qui pourvoit à ses besoins compulsifs.
Lorsque vous vous adaptez à ses « conventions », vous lui permettez de vous imposer sa stratégie de « double renforcement ». D’une part, si vous respectez ses conventions, il se calme et vous récompense. D’autre part, si vous le décevez, son « enfant vindicatif » vous punit. Il vous souffle ainsi le chaud et le froid. Il met en place son cercle de punitions : tension et violence, apaisement et geste affectueux...

Lorsqu’il vous aborde avec son côté affectueux, charmant, adorable, drôle, intelligent et utile, vous continuez à vous attacher à lui et vous oubliez ce qu’il vous fait. Le cercle des punitions génère une telle altération de votre conscience et une telle confusion, que vous pouvez vous sentir coupable de « mal interpréter » ses comportements redondants ! Vous pouvez les justifier tous et ne protester qu’occasionnellement, car vous avez déjà peur de ses réactions et vous vous sentez si peu sûr de vous que vous marchez sur des œufs. Quand votre état hypnotique de confusion est si profond que vous ne pouvez pas reconnaître ses comportements, ou les vôtres, certainement vous devenez son otage !

Troisième phase : négociation et deuxième type d’abus.

Si les deux phases précédentes ont duré longtemps, la troisième phase pourrait être plus courte. Elle se caractérise par le « deuxième type d’abus » qui établit le narcissique. À ce stade, vous ressentez le besoin d’équilibre. Vous aimeriez lui faire comprendre que ce que vous vivez est insupportable. Vous proposez des alternatives, vous tentez de négocier, d’établir un accord avec lui. Vous décidez de poser vos conditions et de lui demander de changer. Mais il ne peut pas vous écouter, car il est dans le déni de ce qui se passe et il déteste vos demandes de négociation et surtout vos plaintes.
Quand vous essayez de « négocier », le narcissique passe au « deuxième type d’abus » qui est un rejet total. Délibérément, il abuse de vous psychologiquement, sexuellement et financièrement. Il est de plus en plus absent et refuse de communiquer. Dans cette phase de négociation, il souhaite vous éliminer de sa vie. Si dans la deuxième phase sa violence était inconsciente, dans cette phase, elle devient consciente, même s’il ignore encore ce qui la génère.

Le deuxième type d’abus se caractérise par une augmentation de ses attitudes d’enfant gâté et de sa dominance. Il exprime de manière ostentatoire sa déception et sa désapprobation face à votre refus d’accepter ou de vous adapter à son « test délirant » et fait des commentaires négatifs et pessimistes à votre sujet. Le cercle de punitions s’intensifie et il devient cyniquement gênant et irritant. Il projette sur vous de plus en plus sa rage contre sa « mauvaise mère », tout en restant calme. Il projette sur vous sa propre stupidité, ses faiblesses, ses peurs, dévaluations, envies et besoins de compétition… Il devient totalement absent et contrôle la relation en invalidant vos émotions et en évitant toute communication significative avec vous. Il vous fait porter sa rage pendant qu’il reste calme, froid, distant…
S’il est narcissique cérébral ou occulte, il vous néglige indéniablement et ne vous donne aucune attention. Il se dissocie quand vous essayez de négocier. Il ne vous accorde aucun crédit pour votre présence dans sa vie, ou pour votre constance dans la relation. Il est indifférent à votre amour et à votre solidarité. Il vous rejette constamment, il ne vous remarque pas, il ne vous regarde pas, il ne vous écoute pas, il ne s’intéresse pas à ce que vous vivez à ses côtés, il ne se livre pas, ni ne s’abandonne à vous… Si vous maintenez sa qualité de vie par votre travail, il ne reconnaît ni vos efforts, ni vos attentions. Il ne se rend pas compte non plus de votre fatigue car il n’a aucune empathie. Il vous ignore complètement. Il ne voit pas que la dynamique du couple est très déséquilibrée. Il ne voit pas que vous lui donnez beaucoup plus qu’il ne le fait, que vous vous impliquez beaucoup plus que lui, surtout si vous avez des enfants. Il vous punit par la dissociation, le silence, l’indifférence glaciale, des attitudes méprisantes, le refus de communication et de sexe. Il vous traite avec dédain et vous laisse dans l’isolement le plus total, sans aucune pitié ! Il se retire dans ses activités, son travail ou devant l’écran de son ordinateur pour s’amuser ou rêver. Il part et vous laisse seule à la maison. Vous ressentez clairement qu’il n’y a aucune intimité ni complicité possible avec lui, parce qu’il est attaché par un fil invisible, au fantasme de sa mère.

Au sujet du « fil invisible », vous pouvez visionner le film « The Phantom Thread », réalisé par Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis et Vicky Krieps.
S’il est narcissique antagoniste, ses violences sont en plus verbales et physiques et sa sexualité est sadique. Vous commencez à avoir de véritables crises émotionnelles, mais tout ce que vous obtenez de lui ce sont ses reproches et des punitions terribles, soient-elles verbales, physiques, psychologiques ou financières. En surcroît, il peut vous trahir sans aucun remords, puisque vous n’êtes que sa mère ou son père. Il/elle se sent ainsi le « Maître du jeu ». Si votre codépendance est très profonde et que vous avez peur de ses menaces, ou si vous dépendez financièrement ou socialement de votre manipulateur, vous continuez cette « relation ».

À ce stade vous ressentez le besoin de rétablir votre estime personnelle et votre équilibre. Vous pensez alors à mettre en œuvre un acte de défi, d’indépendance. Peut-être décidez-vous de le trahir ? Pour vous, cette action n’est que symbolique. Elle vise avant tout à vous consoler. C’est également une tentative de restaurer votre autonomie, de récupérer votre pouvoir, votre dignité, votre féminité ou masculinité… Il vous faut racheter l’être humain que vous êtes ! Avoir des rapports sexuels avec quelqu’un d’autre est peut-être une façon de vous revaloriser.
Vous essayez ainsi de vous débarrasser des miasmes que cette relation malsaine génère. Même si vous ne passez pas à l’acte, il vous arrive régulièrement d’y penser, car vous avez désormais compris que les conduites redondantes de votre narcissique sont extrêmement toxiques.

Dans le cas où votre dépendance affective dysfonctionnelle est très profonde ou que votre survie est menacée, vous tenez à la « relation ». Comme votre narcissique ne répond pas à vos demandes de négociation, vous devenez très émotive, surtout si vous êtes une femme. Vous commencez à avoir des conflits et vous menacez de le quitter. Vos explosions ou vos protestations légitimes, lui prouvent que vous n’êtes pas la personne qui lui convient. Le résultat est que les violences conscientes qu’il/elle utilise pour vous éliminer de sa vie, sont ouvertement extériorisées.
Vos signes de détresse dans cette phase peuvent être les suivants :

  1. Vous vous éloignez de votre environnement, de votre famille et de vos amis, parce que vous avez une honte toxique que vous cachez.
  2. Vous permettez au manipulateur de confirmer la « certitude de base » que vous avez adoptée dans l’enfance et qui gouverne votre vie. Par exemple, si vous croyez : « Il n’y a pas d’amour pour moi », « Je suis seule au monde », « Je ne vaux rien », il fait en sorte que vous confirmiez cette croyance.
  3. Vous commencez à saboter votre carrière ou votre vie professionnelle sans vous en rendre compte ! Vous mettez tout de côté pour plaire à votre narcissique et répondre à son agenda dans le but de le faire réagir. Vous vous dites que peut-être un jour il va accepter de changer ou de faire une thérapie.
  4. Vous entrez dans le déni de ce qui se passe et vous devenez de plus en plus incapable d’exprimer vos besoins légitimes et de vous affirmer.
  5. Vous doutez de vous-même et vous n’avez plus aucune confiance en vous. Vous marchez sur des œufs car vous craignez ses réactions.
  6. Vous commencez à avoir des symptômes psychosomatiques : vous prenez ou perdez du poids, vous développez des migraines ou d’autres symptômes comme de l’insomnie ou des maladies chroniques.
  7. Vous déprimez ou vous vous anesthésiez… Vous devenez un zombie. Vous vous ignorez plus que jamais et vous vous négligez.

Cette situation insupportable active vos blessures du passé et la peur terrible de manquer d’amour. Dans cette troisième étape de la relation, vous prenez enfin conscience de votre rôle de « chose », rôle qui peut-être, vous avez joué dans le passé avec l’un de vos parents. Vous ne pouvez pas donc continuer à répondre à ses demandes insensées. La « relation » se détériore car elle ne s’ouvre sur aucune réciprocité et ne génère aucun sentiment de complicité. Votre bonne volonté se fragilise et votre narcissique réagit de plus en plus par le désintérêt. Finalement, la désillusion s’installe. Vous admettez que, depuis le départ, cette interaction a été une source de peur croissante et de souffrance chronique.

Quatrième phase : la destruction du fantasme partagé.

Cette phase, qui peut progresser très rapidement, se caractérise par l’émergence d’un désir de vengeance et par le désir de mortifier le narcissique. C’est peut-être la première fois que vous éprouvez ce désir. Sous l’impulsion de la colère, vous ressentez le besoin conscient ou inconscient de défier son arrogance et de le faire souffrir comme il vous fait souffrir. Cette colère est légitime.
Si vous êtes une personne « codépendante active », vous ne pouvez plus accepter qu’il continue à vous rendre responsable de la rage qu’il exprime contre vous ! Vous devenez agressive et vous le confrontez à sa perversion : vous lui dites avec hargne qu’il est malade, qu’il est fou, qu’il est sadique, etc. Vous l’envoyez alors des messages « dénarcissisants ». L’humiliation la plus terrible que vous pouvez imposer à un narcissique est d’arrêter de l’admirer, de l’exposer à son insuffisance et de lui parler ouvertement de sa psychopathie. Si vous lui envoyez des messages « dénarcissisants », il se sentira dénigré. Vous pouvez fragiliser ses défenses beaucoup plus que vous ne l’imaginez ! Il peut se sentir déstabilisé pendant un bref instant, mais très vite ses mécanismes de défense vont se remettre en place. Il vous attaquera alors d’avantage ! Il va alors vous agresser s’il est devenu antagoniste et vous blessera de manière insidieuse s’il est un narcissique cérébral.
Dans cette quatrième phase, le narcissique intensifie le deuxième type d’abus, car son « fantasme partagé » qui était d’une grande importance pour lui, s’achève. Il ne peut plus supporter vos émotions, vos protestations chargées de colère, vos pleurs, votre besoin de le confronter… Certainement, son désir de vengeance devient alors conscient, même si la projection de sa rage sur vous contre le parent qui l’a blessé, ne l’est pas encore. Consciemment, il veut vous faire souffrir, il veut vous rendre folle ! Il est déterminé à renforcer ses punitions !
Comme le disait Sigmund FREUD : « Son « moi » vous hait, vous déteste, vous exècre, parce que vous êtes devenu la source de son déplaisir  ! »
Vous ressentez l’urgence de le vexer, de le blesser, de lui faire sentir qu’il ne compte plus pour vous… Vous décidez alors de le trahir avec un ami commun et de lui faire savoir. Comme vous dépendez des autres pour exister, vous avez le sentiment que cette tierce personne pourrait être votre bouée de sauvetage dans cette situation où vous périssez. La trahison devient le symbole de votre indépendance. Mais cette action contre lui, reste quand même la preuve de votre « codépendance ».
Soyez certain de ceci : le narcissique vous a déjà quitté depuis la troisième phase de la relation. Il vous a manipulé et vous a poussé à lui être infidèle. Inconsciemment, il a été en contrôle de vos réactions depuis qu’il a commencé son deuxième type d’abus. Par le blâme, il reste dans sa position de contrôle et de déni.
Si malgré ce qui se passe, vous tenez encore à votre narcissique, c’est que vous êtes masochiste, ou que vous manquez des ressources pour pouvoir partir. Dans ce cas, vous tombez dans une dépression grave et commencez à vous autodétruire. Vous êtes tellement paralysé, que vous ne pouvez pas agir autrement, surtout si vous êtes isolé, ce qui arrive fréquemment aux victimes de pervers narcissiques.

Si au lieu d’agir, vous vous accrochez encore à votre besoin de « négocier », votre déni s’aggrave. Vos signes de détresse dans cette phase peuvent être les suivants :

  1. Vous entrez dans un état de dépression profonde. Vous souffrez de son absence psychoaffective qui vous déchire et vous pensez souvent à le quitter. Mais au lieu de le faire, vous êtes de plus en plus déprimé.
  2. Vous vous enfermez dans une bulle et peut-être vous mettez-vous à penser souvent à la mort, voire au suicide.
  3. En état de dépression, vous ressentez une peur terrible de perdre votre Peter Pan d’avant, alors qu’il est devenu un véritable vampire.
  4. Vos sentiments de honte et la peur de parler aux autres de ce qui se passe réellement dans votre couple, persistent et augmentent. À cause de votre honte toxique, vous ne pensez pas à vos ressources ou à d’autres solutions.
  5. Vous vous contraignez à l’isolement pour éviter votre propre honte, pour éviter les jugements que vous anticipez des autres.
  6. Vous êtes incapable de réagir de façon adulte. Vous voyez que votre dépression laisse indifférent votre narcissique et cela vous déchire.

À moins de théâtraliser votre souffrance, vous déprimez vraiment. Vous êtes pleinement conscient des traitements abominables que vous subissez, même si vous ne comprenez pas ses motivations psychopathologiques. Cette douleur que vous ressentez remonte à votre petite enfance. C’est la blessure d’amour autour de laquelle s’est construit le « personnage » dépendant que vous croyez être.

Votre «  faux self » continue à dramatiser le manque d’amour. Le « moi souffrant » languit d’amour et votre mémoire vous rejoue les scénarios où votre narcissique semblait vous aimer. Vous ressassez les sensations d’abandon, de solitude, de trahison, d’humiliation, d’injustice et de manque d’amour de l’enfant du passé, et celles de l’adulte que vous êtes aujourd’hui. Votre attention se focalise sur le « moi souffrant » et sur « son enfer » qui repose sur le doute de vous-même, le vide intérieur et le manque d’amour. Quand cet enfer devient votre seule réalité, vous pourriez vous suicider ! Il est fondamental de vous rendre compte que vous n’êtes pas seulement victime d’un pervers narcissique, mais également de votre « moi souffrant » qui est aussi impitoyable que lui. Par votre besoin de fusion, vous êtes allé très loin dans son jeu.

De son côté, le narcissique dramatise sa rage. En essayant de rapporter un triomphe symbolique sur vous, il peut devenir très violent et se sentir extatique de vous voir souffrir. Il fait en sorte que vous devenez fou ou folle et que vous vous détruisez. C’est ainsi qu’il s’accroche à son sentiment d’importance, de supériorité, de bonne santé mentale qu’il croit avoir, et il vous condamne, vous dénigre et vous élimine de son cercle familial et social en vous diffamant. Pendant que vous périssez, votre narcissique se sent vainqueur, il/elle est radieux et plein d’énergie !
Sam VAKNIN déclare : « Votre souffrance est sa « guérison » et votre crucifixion est sa résurrection.  »

Cinquième phase : fin de l’histoire.

Ce type de relation se termine quand le narcissique vous expulse de sa vie parce que vous ne le satisfaites plus. Aussitôt qu’il considère que vous n’êtes plus la source de son approvisionnement, il vous élimine de sa vie. Si c’est vous qui partez, il ne se sent pas concerné, mais il vous accuse de l’avoir quitté, alors qu’il vous a poussé à le faire. Pendant la séparation, sachez que le narcissique vous efface comme vous supprimez d’un clic vos documents de l’ordinateur. Vous êtes confronté à ce mur de déni, d’insensibilité et d’arrogance. Il ne fait le deuil de personne. Il vous a déjà oublié pendant que vous faites le vôtre. En raison de ses insuffisances, il ne supporte pas d’être redevable envers qui que ce soit. Il fabrique la certitude de ne rien vous devoir !
À ce moment, votre état de choc n’est pas à minimiser. Il est factuel, il est organique. Vous sentez votre corps comme s’il était en contact avec un câble électrique ou vous n’arrivez pas à bien dormir. Vous souffrez du stress post-traumatique, vous êtes déprimé et vous avez besoin d’aide.
Cherchez de l’aide, parlez à une amie ou à un ami et consultez un médecin et commencez un processus d’introspection avec un professionnel. Avec beaucoup de bienveillance, allez à la rencontre de la douleur d’avoir été instrumentalisé et rejeté, utilisé et abandonné, trompé et trahi, maltraité et humilié, dominé et traité injustement. Ce que vous vivez est un « effondrement » réellement salutaire.

C’est l’opportunité que vous présente la vie, pour vous réveiller définitivement de l’hypnose identitaire, de la dépendance affective dysfonctionnelle. Pour le moment, consacrez-vous à vous-même. Le poète persan Rûmî, (1207-1273), disait :

« Votre tâche n’est pas de chercher l’amour,
mais de découvrir et de démanteler toutes les barrières
que vous avez construites contre l’amour. »

Calderón Prabhã

Prabhã Calderón est coach, enseignante et auteure. Elle apporte une contribution précieuse à la description des mécanismes hypnotiques attachés aux croyances identitaires, à la compréhension des liens entre ces mécanismes et les souffrances individuelles, transgénérationnelles et collectives. Prabhã est l’auteure du livre : « L’enfer narcissique », « Sortez de cette folie hypnotique » Aux Éditions Sydney Laurent. Ses consultations se déroulent en ligne.
- Tél. 00 33 647 57 16 28
- Courriel : prabha.calderon@orange.fr
- Site : https://prabha-calderon.fr/

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