Chronique

La pandémie : génératrice d’insécurité affective.

Par Maguelone Boé


La pandémie : génératrice d'insécurité affective.

Quelques jours après le début du confinement, un grand quotidien français a été interviewer les volontaires qui travaillent sur les lignes d’entre-aide téléphonique : SOS-amitié, la ligne spéciale Covid 19, etc. Ils leur ont demandés à quel sujet les personnes appelaient. 90 pour cent des personnes appelaient pour parler de l’impact du confinement sur elles ; seulement 10 pour cent des appels avaient attrait à la maladie en tant que tel. Cette statistique m’a beaucoup frappé, car elle parle de tout l’impact affectif que le confinement a eu sur nos vies. Certes, la maladie est génératrice de peurs, mais c’est surtout l’impact affectif qui a été si dur à vivre.

Qu’est-ce que l’insécurité affective ?
Il s’agit d’un état de peurs latente, un sentiment de vide, de non-sens, d’instabilité qui dure dans le temps. Une peur est quelque chose de spontané, déclenché par un fait ou une pensée précise, alors que l’insécurité s’installe pour durer sans objet défini.

La pandémie a été un gros déclencheur d’insécurité : changements familiaux à cause du confinement, changements professionnels avec le télétravail, peur pour notre emploi, notre santé, celle de nos proches. Peurs face à l’avenir et face au lendemain. Sans parler des pertes : ne plus voir nos amis, nos proches, changer nos routines de sorties, d’activités sportives ou nos loisirs. Tout notre quotidien a été bousculé en profondeur et sur le coup, il a même été difficile d’en prendre la mesure.

Je fais partie des personnes très chanceuse qui étaient déjà en télétravail avant le confinement. Et étant de nature plutôt introvertie, je ne souffre pas beaucoup du manque de relations. Du coup, je vois que quand le confinement a été annoncé, j’ai banalisé l’impact que cela avait sur moi, car cela ne changeait pas grand-chose dans mon quotidien. Aussi, j’ai été stupéfaite de voir au fil des semaines, le bouleversement affectif phénoménal : sentiment de peurs latente, besoin d’être rassurée (sans que cela soit possible…) face au futur, sentiment de perdre contrôle de ma vie et de mon quotidien. Cela m’a aussi amené à vivre énormément de et si… ? Et si mon mari perd son travail, et si ma mère ou mon père tombe malade ? Et si… ? J’ai vécu de la tristesse face à certains changements comme de finir l’année sans revoir mes étudiants en personne. J’ai vécu de la honte, de me sentir chanceuse dans une maison avec un jardin… Bref, j’ai trouvé très difficile à vivre de ressentir ce sentiment d’insécurité à l’intérieur sans être capable d’y mettre un terme.

Alors que faire ?

1.Accepter ce qui est là. Face à l’insécurité affective, le réflexe premier est de vouloir la faire disparaitre, ce qui n’est pas possible. Les émotions sont totalement irrationnelles, mais elles ont tendance à s’incruster quand on leur résiste et à devenir moins pénible à vivre quand on les accueille. Cela m’a demandé, plusieurs fois par jour, de me répéter : là, tu es insécure. Il n’y a rien à faire que d’admettre que c’est là et voir comment avancer avec.

2.Désamorcer le discours intérieur. L’insécurité a un fonctionnement auto-générateur : plus on y pense plus elle grossit, car elle ne repose sur aucune prise dans la réalité. Cela m’a demandé, encore et encore, de me parler avec fermeté en me disant : stop ! Tu arrêtes de nourrir ce scénario catastrophe. Non, stop, ça suffit ! Dans le moment présent, tu t’occupes de laver la salade.

3.Revenir au moment présent. L’insécurité se nourrit de la projection dans le futur : les et si ?. Il faut trouver ce qui « marche » pour nous aider à revenir ici et maintenant. Mon truc à moi, c’est de me concentrer sur ma respiration. Cela dure 30 secondes, une minute et c’est souvent suffisant pour désamorcer le gros de l’insécurité. Pour d’autre, cela va être la méditation, la musique, l’exercice physique, les balades dans la nature (pas évident durant le confinement…), la cuisine… Tout ce qui nous aide est bon à prendre sans jugement et sans restriction.

4.Se faire du bien. L’insécurité n’est pas bonne conseillère. Il s’agit de contrecarrer l’insécurité par des actions qui nous font du bien, qui nous dépose et nous remette dans un espace de joie et de sécurité intérieure. Ici encore, tout est bon à prendre : danser pendant 3 minutes sur notre chanson préférée, relire une BD qui nous fait rire (je recommande Astérix en Corse, un classique indémodable !), regarder une série TV qui nous fait pleurer, parler avec son partenaire, appeler notre meilleure amie,… ici encore pas de jugement, mais par contre un effort de volonté à faire pour conscientiser que nous sommes en train de poser des actions qui nous font du bien. Cet effort de conscience décuple l’effet positif.

5.Passer à l’action ! L’insécurité, comme la peur, peut avoir un effet paralysant toxique, car il entretient l’insécurité et nous donne une mauvaise image de nous. Chaque action nous redonne de la fierté, un sentiment d’accomplissement, de pouvoir sur notre vie et nous redonne du sens. Pendant le confinement, j’ai : lavé les carreaux, le placard à chaussure, mis à jour mon site Internet, planté des tomates, fait connaissance (à distance) avec la voisine, exploré systématiquement toutes les rues du quartier, recousu ce bouton sur cette robe qui était en attente depuis 1 ans, etc… Toutes choses que je n’avais jamais « le temps » de faire dans mon quotidien. Est-ce que cela a changé ma vie ? Non. Les circonstances extérieures ? Certainement pas. Mais ce sont des actions qui m’ont fait du bien, car elles sont tangibles et me donnent un sens d’accomplissement dont j’avais tout particulièrement besoin en cette période instable et éprouvante.

6.Revenir à soi. Tout comme l’insécurité peut nous amener à nous replier, elle peut au contraire amener à nous agiter en tous sens. Je n’ai pas de pouvoir sur les circonstances extérieures. Je n’ai pas de pouvoir sur les circonstances extérieures, je n’ai pas de pouvoir sur les circonstances extérieures. Ça n’est pas facile à accepter, car dans l’insécurité, on est tenté de vouloir contrôler l’extérieur en pensant que cela va faire disparaitre l’insécurité. Ce qui est impossible et faux : l’insécurité vient de l’intérieur. Mais naturellement, je vais être exaspérée par mon mari qui laisse trainer ses affaires de bureau sur la table de la cuisine, le voisin qui ne veut pas mettre de masque, les jeunes qui se font encore la bise, mais que fait le gouvernement ! Je dois travailler à revenir à moi : comment je m’occupe de moi dans les circonstances actuelles, sans rien toucher à l’extérieur ? Comment je me fais du bien ?

En définitive, nous pouvons choisir d’accepter ce qui est là : la pandémie et l’inévitable insécurité qui l’accompagne. Cela nous permet de continuer à apprendre à nous connaitre et à faire grandir l’amour de nous.
Prenez bien soin de vous !

Maguelone Boé, TRA, Thérapeute en relation d’aide®, formatrice à l’ANDC.

Publication proposée par : École internationale de formation à l’ANDC (EIF)

Organisateur de la formation professionnelle en relation d’aide par l’Approche non directive créatrice (ANDC) de Colette Portelance, permet de devenir un thérapeute qualifié et un véritable spécialiste des relations humaines.
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