Conversations pour redevenir auteur de sa vie

Par Michael White


Conversations pour redevenir auteur de sa vie

Michael White, fondateur des Pratiques Narratives, présente ci-dessous les particularités et les effets d’une "conversation pour re-devenir auteur".

Lorsque les gens consultent des counselors, ils racontent des histoires. Ils parlent de ce qui les amène en thérapie et, en général, expliquent ce qui les a conduit à prendre la décision de chercher de l’aide. En général, ils partagent aussi la manière dont ils comprennent l’histoire de leur problème/situation difficile/embarras. En faisant cela, les gens relient les événements de leur vie en séquences qui se déroulent à travers le temps selon un thème/une intrigue. Simultanément, ils font systématiquement référence aux personnages/protagonistes figurant dans l’histoire et partagent avec le counselor leurs conclusions concernant l’identité de ces personnages/protagonistes.

Les conversations pour redevenir auteur invitent les gens à faire ce qu’ils font systématiquement, c’est-à-dire, à relier les événements de leur vie en séquences qui se déroulent à travers le temps selon un thème/une intrigue. Cependant, pour ce faire, on les aide à identifier les événements de leur vie les plus laissés de côté - les résultats uniques ou exceptions - et on les encourage à placer ces événements dans les répliques d’une histoire alternative.

Ces résultats uniques ou exceptions commencent par fournir un point de départ aux conversations. Ils offrent une porte d’entrée vers les répliques d’une histoire de vie alternative dont, au début de ces conversations, on ne voit que de fines traces, et qui sont pleines de blancs et pas clairement formulées. Au fur et à mesure que ces conversations avancent, le counselor construit un échafaudage au moyen de questions qui encouragent les gens à remplir les blancs. C’est un échafaudage qui aide les gens à aller chercher leur expérience vécue, à étendre et à exercer leur imagination et leur ressources de construction de sens et qui engage leur fascination et leur curiosité. En résultat, les répliques de l’histoire de vie alternative des gens s’étoffent et s’enracinent plus profondément dans leur histoire, les blancs se remplissent et ces répliques sont clairement formulées.

Pour construire cet échafaudage, le counselor navigue dans des questionnements sur « le paysage de l’action » et sur le « paysage de l’identité ». On peut considérer (à la suite de Jérôme Bruner) que les histoires de vie et d’identité personnelle des gens composent les « paysages de l’esprit » eux-mêmes constitués des paysages de l’action (événements reliés en séquences à travers le temps selon un thème/une intrigue) et des paysages de l’identité (conclusions identitaires façonnées par les catégories identitaires culturelles contemporaines). C’est au moyen des questions d’échafaudage que ces paysages alternatifs de l’esprit se trouvent richement décrits.

Les conversations pour redevenir auteur re-vivifient les efforts que font les gens pour comprendre ce qui leur arrive dans la vie, ce qui est arrivé, comment c’est arrivé, et ce que tout cela signifie. Ainsi, ces conversations incitent les gens à se ré-engager fortement dans leur vie et dans leur histoire et leur offrent des options pour habiter plus pleinement leur vie et leurs relations. Il y a des parallèles entre les compétences nécessaires aux conversations pour redevenir auteur et les compétences requises pour écrire des textes de facture littéraire (le livre « Les Moyens Narratifs au Service de la Thérapie » a été originellement publié en 1989 sous le titre « Les Moyens Littéraires au Service de la Thérapie »). Entre autres choses, les textes de facture littéraire incitent le lecteur à se ré-engager fortement dans nombre de ses propres expériences de vie. C’est par ce ré-engagement fort que les blancs dans l’histoire se remplissent et que le lecteur vit l’histoire comme si c’était la sienne.

Comme pour les textes de facture littéraire, l’échafaudage fourni par les questions de ces conversations permettent aux gens de répondre et de remplir les blancs dans les paysages alternatifs de l’esprit. Ces questions ne sont pas orientées vers le déjà-connu d’une manière qui précipiterait des réponses irréfléchies, résultant de l’ennui et d’une familiarité aiguë avec le sujet. Et ces questions ne sont pas orientées non plus vers ce qui pourrait être connu d’une manière qui précipiterait des réponses irréfléchies, résultant de la fatigue et de l’échec à identifier le moins familier. Comme le développement de n’importe quelle compétence, l’expression de questions d’échafaudage est une compétence qui s’acquiert par la pratique, par plus de pratique et par encore plus de pratique.

Au fur et mesure que les conversations pour redevenir auteur évoluent, elles offrent aux gens des conditions dans lesquelles il leur devient possible de faire un pas dans le proche avenir du paysage de l’action de leur vie. On pose des questions qui les incitent à produire de nouvelles propositions d’action, à expliciter les circonstances qui pourraient favoriser ces propositions d’action et à faire des prédictions concernant le résultat de ces propositions. Ces questions sont rarement introduites avant que de riches conclusions n’aient été développées dans le paysage de l’identité.

Au début les gens ont tendance à répondre aux questions du paysage de l’identité en produisant des conclusions identitaires basées sur les catégories structuralistes de l’identité bien connues –besoins, motivations, attributs, traits, forces, déficits, ressources, propriétés, caractéristiques, pulsions, etc. Ces conclusions identitaires structuralistes offrent invariablement une base faible pour savoir comment avancer dans la vie. Au fur et à mesure que les conversations évoluent, les gens ont l’occasion de produire des conclusions identitaires basées sur les catégories non-structuralistes de l’identité bien connues –intentions et buts, valeurs et croyances, espoirs, rêves et visions, engagement dans des façons de vivre, etc. C’est en développant des conclusions identitaires non-structuralistes que les gens trouvent l’occasion de prendre progressivement de la distance par rapport à leur vie, et c’est de cette distance qu’ils apprennent à savoir comment avancer. C’est de cette distance qu’ils trouvent l’occasion d’engagements forts plus significatifs dans leur propre vie, et peuvent faire les pas suivants pour habiter leur existence.

Michael White
(traduction Isabelle Laplante)

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